Document généré le 31/05/2026 depuis l'adresse: https://www.documentation.eauetbiodiversite.fr/fr/notice/rapport-d-Evaluation-du-dispositif-des-groupes-30-000-
Titre alternatif
Producteur
Contributeur(s)
Éditeur(s)
Identifiant documentaire
17-5610637
Identifiant OAI
5610637
Notice source
https://hal.inrae.fr/hal-05610637v1
Auteur(s):
Cst Ecophyto .,Bonnevie Margot,Subervie Julie
Mots clés
Accompagnement au changement
Pesticides
Ecophyto
Collectifs d'agriculteurs
Agroécologie
Évaluation de politique publique
Groupes 30 000
Date de publication
18/02/2026
Date de création
Date de modification
Date d'acceptation du document
Date de dépôt légal
Langue
Thème
Type de ressource
Source
Droits de réutilisation
Région
Département
Commune
Description
Résumé opérationnel Contexte et objectifs de l'évaluation Le dispositif des Groupes 30 000, lancé en 2016 dans le cadre du plan Écophyto II, a été conçu comme un outil de massification de pratiques agricoles éprouvées dans le cadre du réseau DEPHY Ferme. Il vise à soutenir la création de collectifs d'agriculteurs, accompagnés par des animateurs, afin de mettre en œuvre, en les adaptant localement, des pratiques visant à réduire l’utilisation des produits phytopharmaceutiques (PPP). Entre avril 2025 et février 2026, le Comité scientifique et technique (CST) de la stratégie Écophyto 2030 a conduit une évaluation approfondie de ce dispositif. Cette évaluation repose sur trente-huit entretiens semi-directifs, menés auprès des principales parties prenantes au dispositifs (animateurs et animatrices de groupes, Chambre Régionales d’Agriculture, Direction Régionale de l’Agriculture, l’Alimentation et de la Forêt, Agences de l'Eau, Chambre d’Agriculture France, pilotes ministériels, réseaux professionnels) ainsi que sur un corpus de documents issus de ces mêmes instances ou directement disponibles en ligne (documents cadres, bilans Écophyto régionaux, évaluations précédentes des différents plans Écophyto). Enjeux de conception, d’attractivité et de cohérence du dispositif La section analyse les principaux enseignements issus des entretiens afin d’identifier les tensions et enjeux structurants du dispositif des Groupes 30 000 dans le contexte actuel des politiques de réduction des produits phytopharmaceutiques (PPP). 1.Un dispositif pertinent mais dépendant des contextes agricoles Le modèle des groupes de pairs constitue un levier reconnu pour accompagner l’évolution des pratiques agricoles. Il est particulièrement adapté aux systèmes diversifiés (polyculture-élevage, viticulture, maraîchage, arboriculture), où les échanges entre agriculteurs favorisent l’expérimentation et l’appropriation progressive des pratiques issues du réseau DEPHY Ferme. En revanche, son efficacité apparaît limitée dans des systèmes très spécialisés (notamment grandes cultures céréalières), où l’homogénéité des pratiques et les contraintes économiques réduisent les marges d’expérimentation. Le dispositif dépend donc fortement des contextes territoriaux et des structures de production. 2.Une logique d’« écologisation faible » cohérente mais peu explicitée Le dispositif s’inscrit principalement dans une logique d’optimisation des pratiques (efficience et substitution), correspondant à une écologisation dite « faible ». Cette orientation est cohérente avec son mandat de réduction progressive des PPP, mais elle est rarement explicitée, ce qui alimente des confusions avec des approches plus systémiques de l’agroécologie. Cette ambiguïté fragilise la lisibilité globale du dispositif. 3.Une gouvernance multi-acteurs sans pilotage clairement identifié L’organisation institutionnelle mobilise de nombreux acteurs (administrations, Agences de l’eau, Chambres d’agriculture, réseaux professionnels), de manière globalement cohérente. Toutefois, le principal point de tension réside dans l’absence d’un pilotage politique clairement identifié, tant au niveau national que régional. Cette situation favorise des interprétations divergentes des objectifs et une mise en œuvre hétérogène du dispositif. 4.Des articulations insuffisantes avec les dispositifs existants Plusieurs défauts d’articulation structurants sont identifiés : (i) avec DEPHY Ferme : malgré une logique de continuité évidente, les liens opérationnels sont inégaux et peu formalisés ; (ii) avec les GIEE : une mise en concurrence implicite est perçue, alimentée par la proximité des formats, sans clarification des objectifs respectifs ; (iii) avec les instruments européens (FEADER, EIP-AGRI, Horizon Europe, LIFE) : aucune articulation explicite n’est identifiée, alors qu’ils constituent des leviers importants de massification. 5.Des outils d’évaluation insuffisants L’évaluation du dispositif est fortement limitée par l’absence de données consolidées et d’outils harmonisés. L’indicateur principal (IFT) apparaît insuffisant pour mesurer l’impact réel du dispositif et ne permet pas, à lui seul, d’en évaluer l’efficacité. L’absence de suivi structuré limite la capacité à objectiver les résultats. 6.Une attractivité contrainte mais mal interprétée L’idée selon laquelle l’objectif de réduction des PPP serait dissuasif apparaît peu fondée : les enjeux sanitaires liés aux PPP sont bien identifiés par les agriculteurs. Les limites d’attractivité semblent plutôt liées aux modalités d’incitation, au manque de diffusion des références techniques et à une insuffisante explicitation des attentes en matière de changement de pratiques. L’hypothèse d’un épuisement du « vivier » d’agriculteurs volontaires reste peu étayée et semble davantage traduire des difficultés de mobilisation que l’absence d’intérêt pour les pratiques proposées. 7.Des tensions liées au rôle des acteurs économiques structurants Le retrait des coopératives et des négoces est perçu comme une perte importante en termes de capacité de diffusion. Toutefois, leur réintégration pose la question de la compatibilité entre leurs modèles économiques (liés à la vente de PPP) et les objectifs de réduction des usages. Par ailleurs, le dispositif apparaît peu adapté aux grandes structures agricoles intégrées (méta-coopératives), où les décisions techniques sont fortement centralisées, limitant la portée des approches volontaires fondées sur des petits collectifs. 8.Une pertinence reconnue mais conditionnée à un cadre global cohérent La pérennité du dispositif n’est pas remise en cause par les acteurs, qui ne perçoivent pas d’alternative crédible aux dynamiques collectives pour accompagner la transition agroécologique. En revanche, ils soulignent que son efficacité dépend fortement de son inscription dans une stratégie publique cohérente, articulant objectifs, instruments et moyens. 9.Des angles morts significatifs Deux absences majeures sont identifiées : (i) Les instituts techniques agricoles, pourtant centraux dans la production et la diffusion des références techniques, restent peu visibles dans le dispositif ; (ii) Les territoires ultramarins, où les enjeux sanitaires et environnementaux liés aux PPP sont particulièrement élevés, ne bénéficient pas du dispositif, ce qui constitue une lacune importante. Synthèse des recommandations Les recommandations issues de l’évaluation conduite par le CST reposent sur le constat que les objectifs portés par les dispositifs DEPHY Ferme et Groupes 30 000 constituent des axes structurants de la stratégie Écophyto 2030, tant pour la conception, la mise en œuvre et l’évaluation de systèmes de culture moins dépendants de l’usage des PPP, que pour leur massification. L’enjeu majeur réside désormais dans l’identification et la clarification des conditions nécessaires au renforcement de ces dispositifs et à l’inscription de leur efficacité dans la durée. Recommandation #1 : En premier lieu, les entretiens soulignent la nécessité d’un message politique clair sur les enjeux mis en avant et les objectifs poursuivis. La réduction de l’usage des produits phytopharmaceutiques ne peut pas rester un objectif implicite ou ambigu. Les pouvoirs publics doivent expliciter s’il s’agit prioritairement de répondre à un enjeu sanitaire, environnemental ou technico-économique, et assumer politiquement les implications de ce positionnement. Cette clarification conditionne la lisibilité et la légitimité de l’ensemble du dispositif. Recommandation #2 : Ce message doit s’inscrire dans une stratégie nationale cohérente, articulant de manière explicite les dispositifs d’accompagnement avec des incitations économiques et, le cas échéant, des évolutions réglementaires. En l’absence de cette articulation, l’engagement des acteurs repose essentiellement sur le volontariat ce qui limite fortement la capacité de massification et la portée du dispositif. Recommandation #3 : La mise en œuvre opérationnelle du dispositif suppose la désignation d’un pilote clairement identifié. L’évaluation montre que l’absence de leadership explicite fragilise la coordination et favorise des interprétations divergentes des objectifs, notamment entre les niveaux national et régional. Un pilotage clair permettrait d’améliorer la cohérence interne, la communication et la coordination entre acteurs indispensables à un meilleur ancrage territorial du dispositif. Recommandation #4 : Cette gouvernance doit s’appuyer sur une feuille de route précise, déclinée par territoire et par filière, précisant le type d’agroécologie attendu - qui conditionne les possibilités de réduction des PPP - , les changements de pratiques visés et les trajectoires de transition possibles. Une telle feuille de route fournirait aux animateurs et aux collectifs des repères partagés sur les objectifs à atteindre, tout en tenant compte des contextes locaux. Recommandation #5 : Une articulation explicite avec le dispositif DEPHY Ferme apparaît indispensable. Conçus comme complémentaires, les deux dispositifs restent insuffisamment connectés dans les faits. La formalisation de mécanismes de mise en relation permettrait de renforcer la diffusion des références et la cohérence globale de la stratégie Écophyto 2030. De manière générale, l’articulation avec tout instrument susceptible de produire des références techniques (appels à projets nationaux de type PRAAM, instruments européens) est souhaitable. Recommandation #6 : Un dispositif financé par des fonds publics doit reposer sur des indicateurs de suivi et d’évaluation pertinents. Cela implique, d’une part, de dépasser le seul suivi de l’IFT, de doter les animateurs d’outils opérationnels pour la collecte des données ; et d’autre part, de définir une méthode d’évaluation permettant d’apprécier les changements de pratiques ainsi que leurs effets réels en termes de réduction d’usage et de risque liés aux produits phytopharmaceutiques. Recommandation #7 : L’atteinte des objectifs affichés suppose également des ressources financières à la hauteur des enjeux, en particulier pour sécuriser les postes d’animation, réduire le turnover et garantir un accompagnement de qualité sur la durée. Sans cet investissement, la pérennité et l’impact du dispositif resteront limités.
Accès aux documents
0
Consultations
0
Téléchargements