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Etude préliminaire à la mise en place d’un bioindicateur de suivi de l’impact des eaux usées sur les mangroves en Martinique
Titre alternatif
Producteur
Contributeur(s)
Éditeur(s)
Office de l'eau Martinique
Identifiant documentaire
29-2087
Identifiant OAI
oai:base-documentaire.pole-tropical.org:2087
Auteur(s):
Aquasearch
Mots clés
CRABE
INDICATEUR BIOLOGIQUE
1409 - POLLUTION DE L'EAU
MANGROVE
FACTEUR ANTHROPIQUE
Date de publication
01/07/2018
Date de création
Date de modification
Date d'acceptation du document
Date de dépôt légal
Langue
fra
Thème
Type de ressource
Source
Droits de réutilisation
Région
Département
Commune
Description
Les mangroves en Martinique recouvrent une superficie de 1857 ha du littoral. Ecosystème spécifique de l’interface terre-mer son rôle patrimonial et les différents services écosystémiques rendus ne bénéficient que depuis récemment d’une attention particulière.
Malgré les 86 stations d’épurations publiques présentent en Martinique, seulement la moitié de la population de l’île n’est raccordable au réseau d’assainissement collectif. Le restant utilisant des systèmes d’assainissement autonomes dit « non collectifs » souvent défaillant ou déversent directement les eaux usées dans le milieu naturel induisant un impact sur la faune, la flore et la fonctionnalité des écosystèmes.
La Directive européenne Cadre sur l’Eau a fixé aux Etats Membres l’objectif de maintenir ou restaurer le bon état écologique des masses d’eau. Pour se faire différentes mesures sont mises en place ainsi que des suivis de ces mesures. Des réflexions sur les suivis des mangroves et le développement d’indicateur ont été lancé récemment et des études sont en cours.
Des auteurs ont montré un impact des eaux usées domestiques non-traitées sur des espèces de macroinvertébrés et gatéropodes, que ce soit sur la richesse spécifique, l’abondance des juvéniles, la modification des assemblages des communautés ou encore la survie des individus.
Dans ce cadre, le bureau d’étude Aquasearch à mener une étude préliminaire afin de proposer un indicateur de pression des eaux usées sur l’écosystème mangrove en se basant sur les populations de crabes vivant dans les mangroves de Martinique. Ces espèces ingénieures voient leur écologie impactée par les pressions sur le milieu naturel et ne jouent plus leur rôle primordial au maintien des fonctionnalités de l’écosystème. Les crabes de mangroves sont des marqueurs fonctionnels important (activité de bioturbation du sol, enfouissement de matière organique en décomposition, activité de prédation sur les plantules,…).
Afin d’évaluer les impacts des eaux usées sur les populations de crabes de mangroves trois sites de prélèvements ont été identifiés avec l’Office de l’eau de Martinique :
Site 1 « Acajou » : situé dans la mangrove proche du rejet de la station d’épuration d’Acajou et de la zone industrielle des mangles sur la commune du Lamentin, ce site a été identifié comme étant le plus impacté par les rejets d’eaux usées.
Site 2 « Belfond » : situé dans la mangrove à proximité de la station d’épuration de Belfond, reçoit les eaux traités de la STEP et proche de la marina du Marin sur la commune de Sainte-Anne ce site est considéré comme étant moyennement impacté par les rejets d’eaux usées.
Site 3 « Baie du trésor » : situé dans la mangrove sur le site de la Réserve naturelle nationale de la presqu’île de la Caravelle, bénéficiant d’un statut de protection ce site est considéré comme le site ne subissant aucune pression due aux eaux usées.
Les prélèvements ont été réalisés de janvier à mars 2018. Au total 717 crabes ont été prélevés sur les 81m² de surface échantillonnée pour les trois sites. Ces crabes se répartissent en 5 espèces : crabes violonistes (Uca rapax), 6 crabes de palétuviers (Aratus pisonii), 3 mantous (Ucides cordatus), 2 ciriques (Callinectes sp), 1 crabe de terre (Cardisoma guanhumi).
Les résultats de cette étude montrent une richesse spécifique des crabes échantillonnés différente entre les trois sites, plus d’espèces sont observées sur le site Baie du trésor (site non impacté). Aussi l’assemblage de ces espèces de crabes est différent selon les sites, comme observé dans d’autres régions du monde où la problématique de gestion des eaux usées est également présente (Mayotte, Australie). Les crabes violonistes étant représentés en plus grand nombre et sur les trois sites, les analyses ont été réalisées uniquement sur cette espèce.
Des différences entre les 3 sites ont été mises en évidence concernant tout d’abord le sexe-ratio, plus de mâles sont retrouvés sur les sites dits impactés (Acajou et Belfond). Pour les paramètres biométriques : les individus les plus grands et les plus gros sont également rencontrés sur les sites impactés par les eaux usées et différents morphotypes ont été prélevés sur le site Acajou. Pour l’activité de bioturbation, celle-ci est la plus importante pour le site préservé « Baie du trésor ».
Des études réalisées sur d’autres espèces du genre Uca (notamment au brésil), ont montré que des perturbateurs endocriniens pouvaient avoir un impact sur la croissance et le poids des crabes. La Martinique connait une forte problématique de contamination des milieux aquatiques par un organochloré, le chlordécone. La présence de ce perturbateur endocrinien pourrait expliquer ces différences de sexe-ratio et de biométrie entre les sites impactés par les eaux usées et le site protégé.
Dans le cadre d’un stage de Master 1 l’influence des variations environnementales a également été testée en comparant des individus prélevés avant la période de Carême et d’autres pendant. Les comparaisons montrent que la salinité du sol pourrait avoir un impact sur la taille et le poids des animaux. Ainsi qu’une répartition des individus dans l’écosystème et une activité de bioturbation influencée par la marée.
Cette espèce de crabe violoniste répond aux différents critères énoncés permettant de l’utiliser comme bioindicateur (présence abondante de l’espèce dans le milieu naturel, facilité d’échantillonnage, aire de répartition connue et taille permettant une manipulation facile).
Il est à rappeler que cette étude est la première pour la mise en place d’un bioindicateur des mangroves de Martinique par l’utilisation de la macrofaune invertébrée. Les analyses montrent que les crabes violonistes peuvent être considérés comme de bons candidats pour être utilisés comme bioindicateurs des mangroves en Martinique. En effet ils présentent les caractéristiques nécessaires pour être considérés comme bioindicateur et des modifications de sexe-ratio, biométrie et activité ont été mises en évidence entre sites présentant des niveaux de pollution différents.
Toutefois afin d’affiner les résultats et améliorer la gestion de la problématique du déversement des eaux usées dans les mangroves de Martinique, des études complémentaires entre sites présentant des couvertures végétales similaires serait intéressant afin d’écarter le biais potentiel induit par la disponibilité en ressource alimentaire. Des comparaisons entre sites subissant des impacts similaires ainsi que des analyses complémentaires de la physico-chimie des sols et des eaux avoisinant les sites d’échantillonnés. Des dosages de perturbateurs endocriniens dans le milieu mais aussi dans les tissus des crabes seraient également judicieux.
Dans un souci de diffusion de la connaissance scientifique et de sensibilisation du plus grand nombre à la richesse patrimoniale de la Martinique des supports pédagogiques traitant de l’écosystème mangrove et ses habitants et présentant les résultats de cette étude ont été réalisés. Trois ateliers ont été tenus : un premier au centre nautique le Neptune sur la commune du Lamentin (proche du site Acajou), un deuxième au lycée professionnel de Bellefontaine et le troisième au Centre médico-psycho-pédagogique de trinité (CMPP-Sessad Aloés Trinité).
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