Ethnoécologie de la chasse dans une 'forêt vide'. Pratiques, perceptions locales et changement social chez les Baka du Cameroun

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Identifiant documentaire 17-4973119
Identifiant OAI 4973119
Auteur(s): Duda Romain
Mots clés Chasse Peuples autochtones Afrique centrale Pygmées Ethnographie Anthropologie de l'environnement
Date de publication 14/09/2017
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A l’instar d’autres zones de forêts tropicales, l'Afrique Centrale abrite à la fois une importante biodiversité et de nombreuses communautés locales dont la survie dépend de l’équilibre de cet écosystème. Cependant, les politiques de conservation qui y sont appliquées réussissent rarement à concilier les impératifs du développement humain et de l’équilibre de l'écosystème. Les acteurs de la conservation considèrent la chasse de subsistance comme un des obstacles à la conservation de la faune tandis que les pratiques de chasse sont, pour la population locale, inextricablement liées à leur identité culturelle, leur mode de subsistence, leur économie ainsi qu’à des pratiques sociales et symboliques. Dans ce contexte, cette thèse se propose de s’interroger sur les tensions qui existent entre la chasse de subsistance et la réalité du déclin de la faune. Le déclin de la faune dans les forêts d'Afrique Centrale est la conséquence de multiples facteurs, notamment de l’imbrication de la faune dans une diversité de valeurs et de priorités apparemment imcompatibles. Au-delà des préoccupations occidentales, principalement orientées vers la durabilité des écosystèmes et la valeur intrinsèque des espèces animales, la réalité du déclin de la faune génère des préoccupations liées à la sécurité alimentaire, à la santé publique (épizooties), aux droits des populations autochtones et même à la sécurité nationale (concernant le trafic d'ivoire en particulier). La compréhension des dimensions humaines et sociales de la «crise de la viande de brousse» reste sous-explorée, en dépit de la réalité de ces tensions. Cette thèse se propose d’étudier les aspects socio-culturels de la crise qui concerne la chasse et la faune sauvage au travers de données collectées au cours d’un terrain de 14 mois dans deux villages Baka du Sud-Est du Cameroun. Les Baka évoluent dans un contexte polarisé entre les mesures de conservation d’une part et les avantages économiques liés au commerce de viande de brousse d’autre part. Cette thèse offre un aperçu général des réactions de la société Baka face à un contexte changeant, où les enjeux autour de la faune sont devenus majeurs. Pour ce faire, j’y analyse les pratiques de chasse des Baka, la consommation et la commercialisation de viande sauvage, mais également leur interprétation des changements environnementaux et de ses effets potentiels sur l’organisation sociale et le bien-être. J’emploie une approche ethnoécologique en alliant des données collectées à l’aide de méthodes qualitatives et quantitatives. Les enquêtes systématiques ont été réalisées auprès de 269 informateurs des données concernant leurs caractéristiques socio-économiques, rendements de chasse, savoir et savoir-faire, statut social et consommation de viande. Ces données sont associées à des informations issues d’entretiens semi-directifs et de longues périodes d’observation participante. Bien que le contexte de la chasse a récemment enduré d’importants bouleversements, l’acquisition et le partage de la viande sauvage demeure pour les Baka une pratique hautement symbolique et sociale. De nos jours les Baka chassent et consomment essentiellement de petits mammifères, notamment des rongeurs, dans un environnement vraisemblablement appauvri par de fortes pressions de chasse. La chasse n’est pas pratiquée de la même manière par tous les Baka : alors que la plupart des Baka ont des rendements de chasse relativement bas, d’autres – poussés par des motivations économiques et l’absence de réglementation concernant les fusils de chasse dans la région – semblent être largement impliqués dans le commerce de gibier. La variabilité des pratiques de chasse est liée aux savoirs et aux aptitudes de chasse, qui se reflètent à leur tour dans différentes formes de statuts sociales. Cependant, les anciens schémas d’attribution des statuts accordés aux chasseurs ont vraisemblablement été modifiés par le déclin des pratiques de partage du gibier, concernant en particulier les spécialistes de la chasse à l’éléphant. Enfin, cette thèse fait la lumière sur la perception qu’ont les Baka des modifications de la faune sauvage et des mesures de conservation, un processus perçu généralement négativement par les Baka, qui expriment leur crainte et leur sentiment de marginalisation dûs à l’usage de la force et aux abus commis par les agents en charge de l’application des réglements sur la chasse. Il s’agit de la première étude à fournir une analyse approfondie de la chasse que pratique les Baka dans le contexte actuel. Elle met en évidence les variations intraculturelles concernant des aspects sociaux tels que le régime alimentaire, le statut social, les revenus et les perceptions. Ce travail suggère la nécessité cruciale pour les politiques de conservation actuelles d’accéder à une pleine compréhension des cosmovisions et des réponses des populations locales face aux changements, ainsi que des effets des mesures de conservation sur leur organisation sociales, économiques et culturelles.

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